Si vous décidez de vous défendre seul dans un procès au criminel, essayez de suivre les quelques conseils fournis ci-dessous. Sachez qu’il ne s’agit que de quelques conseils et non pas d’un plan de défense élaboré ou un cours de droit.
Vous devriez tout d’abord consulter un avocat criminaliste, pour obtenir une appréciation de votre cause et obtenir de lui quelques conseils juridiques. Il est entendu que vous ne voulez pas ou que vous n’avez pas les moyens de retenir ses services pour l’ensemble de votre dossier. Mais une simple consultation peut vraiment valoir le coût pour vous.
Comparution
Tout d’abord, quand vous êtes cités à procès, il faut absolument que vous comparaissiez. C’est un document du tribunal qui va vous indiquer quand vous devrez vous présenter en cour. Ce document s’intitulera soit une sommation ou une citation à comparaître, ou une promesse de comparaître, ou un autre nom.
Il faut que vous lisiez attentivement ce document. Il vous indiquera l’heure, la date et le lieu où vous devrez vous présenter.

Il faut que vous vous présentiez à la cour à cette date, heure et lieu. Sans cela, vous risquez soit que le procès soit tenu en votre absence, soit d’être accusé de l’infraction de défaut de comparaître, soit d’être mis en état d’arrestation par la police, soit perdre l’argent que vous avez mis en garantie pour rester en liberté, etc.
Le jour de votre comparution, assoyez-vous avec le public au début de l’audience. Il se peut que votre dossier ne soit pas le premier à passer; parce que n’étant pas le premier inscrit au rôle. Vous attendrez qu’un fonctionnaire de la cour annonce votre nom. À ce moment-là, présentez-vous à l’avant de la zone réservée au public.
Le juge fera alors la lecture de l’inculpation. Si vous ne comprenez pas l’inculpation, dites-le lui. Le juge va vous l’expliquer. Le juge va ensuite vous demander si vous êtes prêt à plaider. Vous devrez alors dire au juge comment vous entendez répondre à l’inculpation, coupable ou non coupable. On appelle cela inscrire un plaidoyer.
Prendre connaissance de la preuve
Nous l’avons déjà indiqué à plusieurs reprises dans des textes précédents de ce blog.: il faut que vous preniez connaissance de la preuve que le procureur de la Couronne compte présenter contre vous. Croyez-nous, c’est vraiment important.
On devrait vous fournir une copie de votre dossier le jour de votre comparution. Si vous avez besoin de plus de temps pour examiner les documents qu’il contient avant de répondre aux accusations portées contre vous, vous pouvez demander au juge un ajournement. Notez, que vous pouvez obtenir une copie du dossier de la Couronne plus rapidement en communiquant avec le bureau du procureur de la Couronne.
Coupable ou non
Lors de votre première comparution, le juge va donc vous demander si vous désirez plaider coupable ou non coupable. Réfléchissez bien avant de répondre !
Même si vous croyez que vous êtes coupable dans les faits, rien ne vous oblige à plaider coupable. Vous n’avez pas, au départ, à prouver votre innocence. C’est le procureur de la Couronne qui doit prouver le bien-fondé des accusations qui ont été portées contre vous.
Non coupable
Si, par contre, vous plaidez coupable, le procureur de la Couronne fera, après le prononcé de votre plaidoirie, la lecture des détails, c’est-à-dire des faits de l’infraction. Il faudra que vous soyez attentif à ce qu’il dit. Est-ce que les chefs d’accusation (les infractions qui vous sont reprochés) correspondent bel et bien aux faits tels qu’ils se sont déroulés dans la réalité ? Si les chefs d’accusation ne correspondent pas aux faits, il faudra l’indiquer au juge quand votre tour de parler viendra. Vous devrez expliquer ce qui s’est réellement passé, et aussi pourquoi le ou les chef(s) d’accusation retenus contre vous ne sont pas fondés.
Quand le procureur de la Couronne aura terminé, le juge va vous demander si vous avez quelque chose à dire. Si vous n’êtes pas d’accord avec ce que le procureur de la Couronne a dit à propos des faits ou de votre casier judiciaire, indiquez-le au juge. Dans un tel cas, le juge pourrait tenir une audience pour déterminer ce qui est vraiment arrivé dans les faits.
Il n’est pas recommandé de fournir soi-même des renseignements sur son propre casier judiciaire. C’est au procureur de la Couronne à indiquer au tribunal que vous en avez un, pas à vous.
Français ou anglais
Vous avez le droit en tant que défendeur que votre procès se déroule dans l’une ou l’autre des deux langues officielles, français ou anglais. Si vous désirez, par exemple, que votre cause soit entendue en anglais, il faut l’indiquer au juge lors de votre première comparution.
Au cours de l’audience et dans sa procédure écrite et orale, la cour doit employer la ou les langues officielles choisies par les parties.
Préparation du procès
Si la date de votre procès a été fixée dans plusieurs mois, et bien prenez dès maintenant des notes au sujet des faits qui ont entraîné votre inculpation. Vous pourrez ainsi vous rafraîchir la mémoire avant le procès.
Un autre conseil important à respecter, rangez en lieu sûr tous les documents dont vous pourriez avoir besoin pour votre procès ! Il serait regrettable et stupide que vous ne puissez pas produire des documents qui pourraient vous aider lors de votre procès, parce que vous les avez bêtement perdus.
Analyser la preuve contre vous
Dans la plupart des circonstances, il appartient au procureur de la Couronne de prouver que vous avez commis le ou les infractions(s) dont vous êtes accusée(s) et de prouver aussi que vous aviez l’intention de les commettre et ce, hors de tout doute raisonnable. En effet, un l'accusé est présumé innocent jusqu'à ce que l’on arrive à prouver sa culpabilité tant au niveau des faits que de ses intentions.
Pour certaines «petites» infractions cependant, le procureur n’a pas à prouver que l’accusé avait l’intention de commettre les infractions qu’il a commis.
En analysant le dossier de la Couronne, comme nous vous l’avons conseillé ci-dessus, vous pourrez éventuellement constater que sa preuve n’est pas la plus solide qui soit ou qu’elle souffre de lacunes et de défauts. Vous saurez déjà en partant qu’au procès vous pourrez souligner les faiblesses et les manques de la preuve qui tend à vous incriminer.
Vous devriez, en particulier, analyser avec attention la liste des témoins de la poursuite, c’est-à-dire des témoins que le procureur de la Couronne fera entendre. Identifiez au mieux de vos souvenirs et de votre connaissance ce que chacun d’entre eux a vu ou fait, ou a pu voir ou faire, lors des événements qui vous sont reprochés. Autrement dit, sur quoi peuvent-ils venir témoigner, et qu’est-ce qu’ils peuvent dire à ce sujet ?
Demandez vous, par la suite, quelles questions vous pourrez leur poser pour les mettre en contradictions avec leurs propos ou affaiblir leur témoignage. Si vous croyez avoir de bonnes questions à leur poser, notez les.
Choisir une défense
Un accusé peut ne pas présenter une défense, particulièrement lorsque la poursuite n’a pas présenté de preuve de culpabilité de l’accusé hors de tout doute raisonnable. Néanmoins, il ne serait pas prudent, surtout pour un accusé qui n’est pas représenté par un avocat, de ne pas présenter une défense.
Il existe plusieurs types de défense. En voici quelques-unes. Il y a les défenses : 1) d’accident, 2) d’automatisme, 3) d’intoxication involontaire, 4) d’intoxication volontaire, 5) d’erreur, 6) de contrainte, 7) de nécessité, 8) la plaisanterie, 9) la provocation, 10) la défense des biens, 11) l’obéissance aux ordres supérieurs, 12) la légitime défense, 13) le piège policier, 14) l’abus de procédure, etc.
Sachez que l’ignorance de la loi ne peut pas vous servir comme défense. En effet, nul n’est censé ignorer la loi.
Présenter la preuve qui vous est favorable
Il n’y a pas que le procureur de la Couronne qui puisse déposer des éléments de preuve en Cour. La défense le peut aussi; et la défense c’est vous.
Vous pouvez déposer des éléments de preuve qui tendent à vous disculper ou, à tout le moins, à créer un doute raisonnable quant à votre culpabilité, c’est-à-dire un doute à l’effet que vous pourriez ne pas avoir commis l’infraction qui vous est reprochée.
Par exemple, si vous avez été faussement accusé d’avoir volé un bien dans un magasin, alors que vous l’avez acheté, vous pourriez produire au tribunal le reçu que l’on vous a remis quand vous avez acheté ce bien. Ce reçu démontre que vous êtes le propriétaire légitime du bien en question. Il s’agit d’une preuve tout à fait pertinente.
Les éléments de preuve dont il est question peuvent être constitués, tout d’abord, d’éléments de preuve matériels, comme un vêtement, un cheveu, etc. Ils peuvent également être constitués d’un document écrit, d’une facture d’un enregistrement, d’une photographie, d’une bande vidéo, etc.
Ces éléments de preuve peuvent être composés aussi, évidemment, de témoignages.
Il existe toute une série de règles qui encadrent la preuve que les parties peuvent ou ne peuvent pas faire. Il revient au tribunal (c’est-à-dire au juge) de trancher tous les différends au sujet de la preuve qu‘il existe entre les parties.
Sachez qu’il existe une règle fondamentale en preuve. Elle concerne la pertinence. Vous avez le droit de vous servir de tout renseignement en preuve, pourvu qu’il soit pertinent, compte tenu de ce que vous essayez de prouver.
C’est le tribunal qui juge de la pertinence de la preuve.
Il juge aussi de la qualité de la preuve. Ainsi, le témoignage d’un témoin peut-être tout à fait pertinent; c’est-à-dire que les questions posées par vous ou le procureur, et les questions fournies par le témoin, sont pertinentes. Le juge peut cependant trouver que le témoin est peu crédible. Il considérera que la qualité de son témoignage est faible, même si les questions abordées étaient pertinentes.
Lors de la préparation de votre défense, vous devrez déterminer quels témoins vous ferez entendre au procès. Évidemment, il s’agira des personnes dont les témoignages seront utiles à votre défense.
Par la suite, vous devrez identifier et délimiter ce sur quoi ils viendront témoigner.
Une fois cela fait, vous devrez établir dans quel ordre ils viendront témoigner; c’est-à-dire quelle personne témoignera en premier, quelle autre en second, etc.
Il faudra que vous communiquiez avec ces personnes pour leur demander de venir témoigner pour votre défense et, s’ils acceptent, leur indiquer quel jour et à quel endroit ils devront se présenter.
Nous vous référons, pour ce qui touche les témoignages, à ce que nous avons écrit pour les procès civils dans le texte Se représenter soi-même devant un tribunal 9- La préparation des témoins. Rappelons simplement que vous devez préparer chacun de vos témoins à leur témoignage.
Votre témoignage
Une des questions les plus importantes à laquelle vous devrez répondre est de savoir si, oui ou non vous témoignerez à votre procès.
Il existe à la fois des avantages et des inconvénients à témoigner, comme accusé, dans son propre procès.
Si vous décidez de témoigner, comme vous n’avez pas d’avocat pour vous posez des questions. vous devrez donc vous présenter seul à la barre des témoins et rendre votre témoignage en faisant des déclarations sur les faits de la cause, après avoir été assermenté.
Nous vous conseillons de nouveau de consulter un avocat pour au moins établir avec lui si vous auriez intérêt à témoigner en tant qu’accusé. Si la preuve retenue contre vous ne s’avère pas très solide, vous auriez peut-être intérêt à ne pas témoigner, afin de ne pas aider le procureur de la Couronne à faire sa preuve. Si vous témoignerez vous pourriez faire des aveux sans vous en rendre compte ou fournir des renseignements qui vont aider le procureur à démontrer certains points de sa preuve et ce, même si ce n’était évidemment pas votre intention.
Les avantages
Votre témoignage constitue la seule occasion que vous aurez de fournir votre version des faits sur les incidents qui ont mené à votre accusation.
Il se peut également, que par votre témoignage, vous serez en mesure d’établir que vous n’avez pas pu commettre, dans les faits, l’infraction que l’on vous reproche. En témoignant, le juge pourrait se rendre compte que votre version des faits est crédible.
Par ailleurs, grâce à votre témoignage, le juge de la cause pourra découvrir que vous êtes honnête et sincère, ce qu’il ne pourrait pas apprécier si vous ne témoignez pas.
Les inconvénients
Conseils à suivre lors de votre témoignage
Voici quelques conseils que vous devriez suivre lors de votre témoignage sans avocat, si vous décidez donc de témoigner.
Par ailleurs, n’oubliez pas que c’est au juge que les parties s’adressent en cour. Lorsque vous témoignez, regardez le juge, parlez clairement, en évitant de marmonner ou de parler très vite, et parlez assez fort pour qu’il puisse vous entendre.
Vous pouvez vous aider de notes pour rendre votre témoignage. Cela vous aidera à ne rien oublier. Toutefois, il aura fallu avant votre témoignage, que vous y inscriviez les points importants que vous voulez exposer au Tribunal.
Concentrez votre témoignage sur les points importants de celui-ci. N’allez pas vous perdre dans les détails, en donnant des explications à n’en plus finir.
N’oubliez pas non plus que les règles sur le ouï-dire s’appliquent aussi à vous. Cela veut dire que vous ne pouvez pas utiliser les propos d’une autre personne comme moyen de preuve dans votre témoignage. Autrement dit, si une autre personne que vous a été témoin de quelque chose, c’est à elle, et non à vous, à témoigner là-dessus.
Par ailleurs, si le procureur de la Couronne s’objecte à une certaine partie de votre témoignage, expliquez au juge que vous voulez exposer convenablement ce qui s'est passé lors des événements, afin que le Tribunal saisisse correctement les faits de la cause et le contexte dans lesquels ils se situent.
Une fois que vous aurez fini de témoigner, il y a de bonnes chances que le procureur de la Couronne voudra vous contre-interroger. Il se peut que, au début de votre contre-interrogatoire, celui-ci commence par vous poser des questions anodines, c’est-à-dire qui apparaissent « innocentes », sans gravité ou importances, ou des questions qui vous font bien paraître. Méfiez-vous ! N’essayez pas de trop en mettre dans vos réponses. Nuancez vos réponses. Le procureur peut vouloir faire une certaine preuve qui vous échappe par votre témoignage ou encore vous endormir. Ainsi, si le procureur vous demande si vous êtes fort, ne répondez pas que vous êtes vraiment fort, si l’infraction qui vous est reprochée exigeait beaucoup de force de la personne qui l’a commise. Répondez, selon votre apparence physique, que vous êtes assez ou moyennement fort, sans plus.
Une fois ces quelques premières questions posées, le procureur va probablement accélérer le rythme de son contre-interrogatoire, en vous posant des questions de plus en plus rapidement auxquelles vous aurez de la peine et peu de temps pour y répondre. Vous vous sentirez alors pressé, déstabilisé et vous aurez hâte d’en finir.
Gardez votre calme, à ce moment-là. Prenez une ou deux secondes avant de répondre, pour ralentir le rythme du contre-interrogatoire que le procureur vous impose. Vous avez le droit de réfléchir avant de répondre : toutes les réponses ne nous viennent pas automatiquement. Donc, prenez votre temps. Il n’y a pas de course.
D’autre part, écoutez bien les questions avant d’y répondre. Si vous ne comprenez pas la question dites le au juge : vous avez le droit de ne pas comprendre toutes les questions. Demandez à ce que l’on précise la question. Mais n’allez pas, à l’opposé, jouer à l’imbécile qui ne comprend aucune des questions qu’on lui pose. Cela va vous desservir et vous faire perdre de votre crédibilité.
Évitez, dans vos réponses en contre-interrogatoire, d’en donner plus que ce que l’on vous demande. Limitez vos réponses et soyez précis. Nuancez vos réponses quand le procureur de la Couronne vous pose des questions qui se répondent par oui ou par non. Vous pouvez répondre « Oui, mais… et fournir de brèves explications.
Méfiez-vous aussi des questions multiples. Il arrive qu’un procureur vous pose plusieurs questions, les unes à la suite des autres, avant que vous puissez répondre à aucune d‘entre elles. Répondez à une, et demandez lui de vous rappelez la suivante ou de préciser la question suivante.
Évitez de tomber dans le piège des questions insultantes ou qui peuvent paraître ou être ressenties comme telle. Le procureur essaye peut-être par là de vous faire perdre vos moyens ou de vous forcer à donner une réponse que vous n’auriez pas donné autrement. Restez calme.
Évitez également de tomber dans le piège des questions semblables ou similaires demandées tout au long de votre contre-interrogatoire, qui peut être long. Le procureur de la Couronne peut ici tenter de démontrer que vous offrez plusieurs réponses différentes à une question identique posée à différents moments, ce qui prouve que votre témoignage n’est pas fiable, ou encore que vous vous contredisez. Au début, lorsque la question vous sera reposée une première fois, répondez à la question en essayant de dire la même chose que ce que vous avez dites précédemment. Puis si la question revient souvent, dites que vous y avez déjà répondu, ou expliquez les nuances de vos réponses et dites que vous avez déjà répondu à la question.
Finalement, si vous ne savez pas quoi répondre, parce que vous ignorez une réponse, dites-le au juge: « je ne le sais pas ». Évitez, à l’opposé, de répondre au hasard. En effet, une telle réponse pourrait vous êtes défavorable en bout de piste.
Vous devez voir à bien vous comportez durant le procès, surtout que c’est vous qui êtes accusé et que vous représentez seul, sans avocat. Voici, quelques règles que vous devriez suivre à ce sujet.
Lorsque le juge entre dans la salle de cour, un fonctionnaire de la cour annonce l’audience est ouverte. Vous devez vous lever et demeurer debout tant que le juge ne s’est pas assis.
Si nécessaire, un fonctionnaire de la cour vous dirigera où vous asseoir dans la salle de cour.
Lorsque vous vous adressez à la cour, ou lorsque le juge s’adresse à vous, vous devez vous lever. Ne restez pas assis.
Soyez poli et respectueux. Vous devriez adresser le/la juge comme suit : ‘’Monsieur le juge’’ ou ‘’Madame la juge’’.
Soyez habillé convenablement, et pas de manière négligée, sale ou débraillée. Les apparences influent parfois et peuvent avoir leur importance. Encore une fois, vous êtes là pour vous défendre, alors essayez d’avoir une apparence convenable.
Parlez clairement et seulement quand c’est votre tour d’intervenir.
Abstenez-vous de manger en cour, d’avoir un contenant de breuvage en votre possession, de mâcher de la gomme, de porter un cellulaire ouvert, ou de porter une casquette ou un chapeau, etc.
Sachez finalement que le droit à une défense pleine et entière d’un accusé a une limite. Une conduite impertinente, arrogante et grossière de sa part, qui empêche le déroulement normal du procès, pourrait mener le juge, si cette conduite persévère, à refuser à l’accusé son droit de présenter une défense, voire même d’être présent lors de son procès. Le juge pourrait alors l’exclure de la salle.
Le déroulement du procès
Une fois que votre procès aura débuter, ce sera, tout d’abord, au procureur de la Couronne à faire sa preuve; c’est-à-dire à faire témoigner ses témoins et à déposer ses éléments de preuve.
Le procureur de la Couronne commencera donc à appeler les témoins de la poursuite. En général, le témoin principal de la poursuite est l’agent de police qui fut chargé de l’enquête.
Avant de témoigner, tous les témoins doivent jurer ou affirmer solennellement qu’ils vont dire la vérité. C’est ce que l’on appelle l’assermentation des témoins. Ce n’est que par la suite que l’on peut interroger les témoins.
Par ailleurs, au début du procès, ou par la suite, le procureur de la Couronne, et/ou vous, pouvez demander au juge que tous les témoins sortent de la salle d’audience jusqu’au moment de leur déposition. C’est ce qu’on appelle une ordonnance d’exclusion. Cette ordonnance empêche les témoins d’entendre ce que d’autres témoins vont dire au cours du procès, avant de témoigner eux-mêmes, ce qui pourrait les aider à modifier et adapter leur témoignage à ce que les autres témoins ont dit avant eux.
L’ordonnance ne vise toutefois pas l’accusé. Par conséquent, elle ne s’adresse pas à vous. Vous aurez encore, une fois l’ordonnance prononcée, le droit de vous trouver dans la salle d’audience pour vous défendre convenablement ; sauf si votre conduite durant le procès n’est pas approprié et que votre comportement empêche le bon déroulement du procès, le juge pouvant alors vous expulser de la salle.
Par ailleurs, durant la preuve du procureur de la Couronne, vous n’aurez généralement pas à intervenir, sauf si vous désirez contre-interroger un témoin ou vous objecter à une question du procureur qui n’est pas pertinente ou qui est prohibée.
Malheureusement, pour ce qui est des objections, nous ne pouvons guère vous aider à ce sujet. Il faudrait que vous ayez suivi un cours de preuve en droit criminel, pour pouvoir vous objecter convenablement, et pour savoir quand le faire et pour quels motifs le faire.
Pour ce qui est du contre-interrogatoire, vous pouvez interroger le témoin que fait entendre le procureur de la Couronne, une fois que celui-ci en a terminé avec ce témoin et qui l’ait indiqué à la Cour (« j’en ai fini avec ce témoin »).
Vous n’êtes pas obligé de contre-interroger chaque témoin qu’a fait entendre la Couronne. Il vous faudra décider si, oui ou non. vous allez contre-interroger chacun des témoin entendus. Si vous êtes d’accord avec ce que vient de dire le témoin, vous n’aurez probablement pas intérêt et besoin de le contre-interroger.
Par conséquent, pour décider si vous allez l’interroger et, si oui, quelles questions vous allez lui poser, il faudra d’abord que vous écoutiez attentivement son témoignage et que vous preniez en note les aspects les plus importants de sa déposition. Il faut chercher en particulier les points faibles de son témoignage. A-t-il été vague en répondant à certaines questions ? Se contredit-il d’une réponse à une autre ? Contredit-il la version de d’autres témoins ou des éléments de preuve ? Etc.
En le contre-interrogeant, vous devrez essayer de lui poser des questions qui vont semer le doute dans l’esprit du juge quant à sa version des faits, son honnêteté, sa crédibilité, etc. Vous pourriez, si les circonstances s’y prêtent, essayez de montrer qu’un témoin n’est pas certain des faits qu’il relate, qu’il a menti, qu’il a été incohérent dans son témoignage, qu’il est peu crédible, etc.
En dehors du contre-interrogatoire ou des objections que vous pourriez formuler, vous devriez garder le silence. Évitez absolument de faire sentir votre désaccord avec le témoignage de l’un des témoins du procureur de la Couronne pendant que celui-ci interroge. Vous ne ferez qu’indisposer le juge, qui risque de vous rappeler à l’ordre. Le fait que vous gardiez le silence ne veut absolument pas dire que vous êtes d’accord avec le témoin de la Couronne. On s’attend à ce que vous soyez silencieux. Soyez le ! Votre tour viendra.
Cela dit, une fois que le procureur aura fait entendre tous ces témoins et déposé toute ses preuves, et qu’il aura été déclaré que sa preuve est close, ce sera à vous de faire votre preuve, et, notamment, de faire entendre vos témoins. Vous pourrez juste avant de la commencer, essayer de convaincre le juge que la preuve du procureur de la Couronne est insuffisante pour qu’il vous déclare coupable, Si le juge vous donne raison, il peut rejeter les inculpations. Sinon, le procès se poursuivra et vous devrez faire votre preuve.
Quand votre tour sera enfin venu, vous pourrez faire comparaître les témoins de votre choix et, par leur intermédiaire, présenter les pièces pertinentes ou l’information à l’appui de votre défense. Avant le début du procès, il faudra montrer ces documents ou preuves au procureur de la Couronne. La Couronne pourrait les admettre sans que vous ayez à appeler certains témoins.
Sachez que vous ne pouvez appeler et interroger qu’un seul témoin à la fois. Et vous devez les interroger chacun d’un bout à l’autre. Autrement dit, vous devez lui poser toutes les questions que vous avez à lui poser en une seule fois. Vous ne pouvez par commencer par interroger un témoin pour quelques questions, appeler un autre témoin à la barre pour lui poser aussi que quelques questions, puis rappeler le premier témoin pour lui poser d’autres questions.
Cela dit, si durant son contre-interrogatoire d’un de vos témoins, le procureur aborde des questions que vous n’avez pas abordé vous durant votre interrogatoire du témoin, vous pourrez là réinterroger ce témoin, mais seulement sur ces nouveaux sujets. Ainsi, par exemple, vous aurez peut-être besoin de l’interroger de façon plus approfondie si vous pensez que les renseignements qu’il a donnés, au procureur de la Couronne, au sujet d’un élément nouveau sont incomplets ou erronés.
Sachez également que vous n’êtes pas autorisé à poser des questions suggestives à vos propres témoins, c’est-à-dire des questions qui suggèrent la réponse que vous désirez obtenir. Par exemple, vous n’avez pas le droit de demander à votre témoin : « N’est-il pas vrai qu’à onze heures, vous avez aperçu Pierre qui fournissait la drogue à un client après que celui-ci lui est remis une somme d‘argent? ». Cependant, vous pouvez demander au témoin où il se trouvait à onze heures du soir et ce qu‘il a vu. Vous devriez éviter de poser des questions auxquelles le témoin peut répondre uniquement par oui ou par non, car ce sont généralement des questions subjectives.
Les plaidoiries
Une fois que le juge aura pris connaissance de toute la preuve, chacune des parties pourra présenter sa plaidoirie, c’est-à-dire faire une déclaration finale, dans laquelle il fournit sa version des faits et expose ce que lui a prouvé et ce que l’autre n’a pas prouvé, les règles de droit qui sont applicables au présent cas, etc.
Le procureur de la Couronne tentera de démontrer au juge que vous devriez être reconnu coupable. Vous pourrez vous exposer au juge les raisons pour lesquelles il ne doit pas vous déclarer coupable, compte tenu de la preuve qu’il a vue et entendue. Essayez de présenter vos arguments de façon logique. Vous pouvez utiliser vos notes comme aide-mémoire.
Les procès devant jury
La sélection des jurés se fait avant que le procès comme tel ne débute. Cette sélection peut parfois être longue, car il faut sélectionner les bons jurés.
En début de procès, les parties peuvent présenter un exposé d'ouverture au jury, dans lequel elles expose sommairement leur version des faits et ce qu’elles entendent prouver et démontrer.
Le jugement
Une fois les plaidoiries terminées, le juge va rendre une décision, rendre un verdict. Il peut prononcer son verdict sur le champ, suspendre brièvement l’audience pour réfléchir à la cause et rendre sa décision juste après, ou encore reporter le prononcé de son verdict à une date ultérieure.
Le juge peut soit vous acquitter- c’est-à-dire vous déclarer non coupable- soit vous condamner - vous serez reconnu coupable. S’il vous acquitte vous serez libre, et ce sera la fin de vos ennuis. Si le juge vous condamne, il devra décider quelle sentence (ou peine) vous sera imposée.
Il pourra statuer sur-le-champ sur votre sentence, ou encore reporter l’imposition de votre peine à une date ultérieure. Parfois, un rapport présentenciel est demandé. Il s’agit d’un rapport que prépare un agent de probation et qui traite des antécédents judiciaires de l’accusé.


